Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']




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 Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']

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MessageSujet: Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']   Mar 26 Avr - 8:19

Affalée au sol le long de la route, les bras repliés sous la tête, j'observe le ciel sans vraiment y prêter attention. Les étoiles et moi c'est pourtant une grande histoire d'amour. A défaut de mieux, j'ai bien dû apprendre à me contenter de ce j'avais. Et comme dans la famille on n'a jamais été du genre à se taper le cul à terre, j'ai rapidement dû me faire à l'évidence que ça deviendrait the next best thing. En somme: quand il n'y a pas ce qu'on aime, on aime ce qu'on a. Et quand on n'a pas, eh bien on fait avec les moyens du bord. Pour moi en occurrence: une chaise roulante, des bras en béton armé et une bute dans le sable. Résultat des courses, je me suis retrouvée allongée au sol plus que de raison. Et pas nécessairement sur le dos. Ça aussi j'ai dû apprendre à le faire à la force de ma seule volonté. Un jour j'en ai eu marre de ramper, du coup je me suis retournée. J'ai eu droit aux trois soleils habituels. Inutile de préciser que ça vous vrille la rétine à force. Mais non, même pas. Il y a eu des jours où j'aurais franchement préféré. En plus de la paralysie, la perte de la vue. J'aurais fait tellement pitié à Kashkash qu'il aurait bien fini par me poignarder non? Par faire en sorte que plus jamais je ne me relève? Enfin, c'est peut-être justement ce qu'il a essayé de faire. Mais comme j'ai un caractère de merde, il s'est tout simplement attaqué à la mauvaise personne. Marche ou crève, non? Et tu fais quoi quand tu n'as pas les aptitudes physiques à marcher Ducon?

Pardonnez mon langage, mais vous devez comprendre qu'à l'époque j'étais jeune et encore bourrée de cet utopisme latent. J'avalais encore le baratin de mes parents quant au sens caché de ma vie. A ce handicap que je ne pouvais pas interpréter comme tel. A la raison sous-jacente d'une telle bénédiction. Bénédiction mon œil oui! Une malédiction plutôt! Un fardeau même! Bordel quoi, se retrouver aculée dans un siège H24 dans un désert de sable et de rien! Que dalle. Nawak. On me voyait philosophe. On me voyait prof. On me voyait oracle. LOL!!!
Ce n'est pas que je déteste lire, mais à force de manger du livre matin midi soir nuit et j'en passe, je peux vous assurer que l'indigestion elle se fait vite connaître. Et enseigner quoi? La patience? Je suis la première à l'enfoncer pire que peine dès qu'une occasion se présente. Puis à qui? Déjà que le nom de Durango n'a pas vraiment la connotation la mieux placée dans l'histoire de Shaduk'; mais si en plus ils doivent se coltiner la petite sœur boiteuse. Boiteuse ... ha-ha. J'aurais préféré bande de cons.

Ah oui, encore ce langage. Et puis au final, de quoi je me plains? Je suis ici maintenant, sur une planète quasi-ronde qui suinte littéralement la débauche facile. Il me suffit de baisser un peu le menton pour observer mes jolis petons et leurs dix petits orteils qui frétillent à ma seule demande. C'est ce que je fais d'ailleurs. J'ai abandonné l'idée des hauts talons ce soir. Non pas qu'ils me déplaisent, ce serait mensonge et tremblements, c'est juste que ... voilà. Sans raison apparente. Ici je peux bouger comme il me plait. Je peux marcher, courir, sauter, nager. Peu importe, je prends et je fais mien. J'ai parcouru le globe trois fois depuis l'été dernier. J'ai chassé et traqué le vampire. J'ai mis au défi plus de monde que je n'ai eu le loisir de croiser pendant toute la période de mon exil. J'ai visité toutes les boites de nuit. J'ai ennuyé tous les vendeurs de toutes les boutiques de tous les centres commerciaux de Seattle. J'ai coursé un avion, un yacht et même un jet ski. Vous m'avez bien lu, je me suis prise pour le Christ et j'ai marché sur l'eau. Croyez-moi, ce n'est pas aussi jouissif qu'on pourrait le soupçonner. Ça je laisse plutôt au look déconfit des victimes de mon insatiabilité.

Je laisse un soupire s'échapper de mes lèvres à peine entrouvertes. Je n'aurais jamais cru cela possible depuis mon fichu fauteuil à roulettes, mais là je dois bien avouer que je commence à me lasser. Seattle pour moi c'est fini. Veni, vidi, vici et parti. C'est décidé, c'est ma dernière nuit ici. Dès le lever de soleil, je - me - casse. Où? Je n'en sais fichtrement rien. Pour combien de temps? On s'en fout un peu non? Pourquoi seulement demain? Ah là je peux vous répondre. Juste histoire d'aller faire mes adieux à une demoiselle qui ne me connait pas encore. J'ai eu son nom ce matin par pigeon messager. Nah je déconne, de nos jours même le Haut Collège des djinns s’est mis à la technologie. Le ick c'est que ce n'est pas mon truc. Il parait que je vais trop vite. Du coup je fais disjoncter les machines. Un court-circuit statique qu'ils appellent ça. Du flan en boite pour ma part. Mais qu'à cela ne tienne.

Il parait qu'elle tient un petit magasin assez sympa en plein centre-ville. Visiblement un établissement lambda qui a échappé à mon œil de lynx. Ce n'est pas inhabituel vu son rayon de prédilection. Oh non pas que je n'aime pas la musique, c'est juste que je n'arrive pas à m'y atteler plus de deux chansons d'affilées. J'ai vite constaté que certaines tonalités avaient le pouvoir étonnant de captiver mon attention et de réguler mon addiction à la vitesse. Vous vous doutez bien que j'en ai été la première surprise. Que ce fut agréable ou non, importe bien peu à la discussion. Fait est que j'accepte, mais n'adhère pas pour autant. Une chanson ça passe, deux ça lasse, trois je me casse. Je souris à cette image et tourne légèrement la tête en direction de la Mercedes coupée sport qui se demande pourquoi je l'ai louée si ce n'est pas pour jouer avec. Elle n'a pas tort.

Pourtant je reporte encore une fois mon regard sur la voûte étoilée. Avec Pénélope ça a été facile. Se voir confier une catin accroc comme première protégée, c'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité. Qu'est-ce que tu croyais Kashkash? Que j'allais m'en vexer? In your dreams big boy. J'ai sifflé quelques têtes de président à un mec bourré de fric (même pas certain qu'il a fini par remarquer qu'il lui en manquait) et je me suis payée une nuit d'enfer avec une jolie fille. Dommage que ça n'ait pas plu au Conseil. Then again, ils auraient peut-être mieux fait de me filer le mode d'emploi d'entrée de jeu. Ils l'ont fait? Are you sure? Je secoue un peu la tête pour dissiper ces faits dont tout le monde se moque royalement. Il faut dire qu'avec Shanesia aussi ils ont fait chou blanc. Les règles n'interdisent en rien d'entrainer sa protégée dès le premier rencard dans une folle course-poursuite avec un malade de la route. Le mec manque de nous écraser avec son camion-citerne et nous on devrait se contenter de hausser les épaules et laisser couler? Non mais vous m'avez pris pour qui là? Kashkash franchement si tu voulais m'obliger à emprunter le droit chemin, tu aurais peut-être mieux fait de commencer par le choix des candidates? Alors cette petite Louisa, dis-moi, elle va me plaire au moins?

~.~

Je stationne la voiture de location sur le premier emplacement que je trouve. Je m'en fous bien qu'il est réservé aux personnes à mobilité réduite. J'en fais partie non? Alors il est où le problème?

Je claque la porte et enclenche le verrouillage central. Ça aussi c'est un gros fake. Ce n'est pas un petit bip-bip bruyant qui ne m’a jamais empêché de chourer une caisse. Qu'à cela ne tienne, ce n'est même pas la mienne. Qu'ils la prennent, ça lui fera un petit road trip gratos aux frais du contribuable.

Je me dirige vers le shop en question. Les pieds toujours nus. Je n'ai même pas pris la peine d'embarquer mes chaussures. Elles trainent toujours quelque part le long de la route. Les pauvres.
Une petite clochette new age annonce ma magistrale entrée en scène. Non je déconne, pour une première approche je préfère y aller molo. Puis c'est qu'il y a du people ici. Je me demande presque si je risque de me tromper de personne. Remarquez, ce serait loufoque. J'avoue, je n'ai pas lu son dossier. J'ai juste chopé son nom au passage. De toute façon les notes des autres je m'en balance un peu des cacahuètes. L'impro il n'y a que ça de vrai pour apprendre à connaître quelqu'un. Ou, à défaut de mieux, se faire une première impression assez proche de la réalité. Ça me convient parfaitement.

J'y vais franco et me glisse entre les rayons. Du bout des doigts je viens tâter les pochettes cartonnées des vieux vinyles. Je suis étonnée que le marché attiré encore autant de monde. Then again, au moins la moitié des gozos ici présents l'est pour une toute autre raison. Mais ne vendons pas l'ours avant d'avoir caressé sa si douce fourrure, voulez-vous. Je finis par m'arrêter près d'un casier quasi-vierge. Soit ça se vend bien, soit ça ne se vend plus. Je souris au premier titre qui s'infiltre sous mon doigté amusé.

- « Sympathy for the devil. »

Coincidence?
I don't think so.
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MessageSujet: Re: Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']   Dim 15 Mai - 5:14

Elle s’était levée tant bien que mal. Les yeux gonflés, enroulée dans sa couette, elle était avait traversé son studio pour allumer la cafetière. En écoutant le café passer, elle s’était remise à pleurer. Elle ne pouvait pas s’en empêcher, c’était plus fort qu’elle.

La veille, elle avait surpris Matt avec une autre nana. Et il avait eu le culot de lui dire que c’était juste une voisine qui était passée chercher du sucre. Vu l’endroit où elle laissait traîner sa langue, c’était manifestement pas du sucre qu’elle cherchait, où alors ce connard avait des habitudes bizarre. Elle était rentrée chez elle en larmes, à maudire les hommes et son cœur d’artichaut. Elle n’était pourtant pas avec Matthew depuis si longtemps que ça. Elle se disait qu’elle n’aurait jamais dû être si malheureuse, mais les faits étaient là.

Elle était dévastée. Ça lui apprendrait à craquer toujours sur le même genre de type.
Sur les beaux gosses, physique impeccable, yeux rêveurs, un peu artiste, un peu rebelle… mais avec un ego surdimensionné et une attirance irrépressible pour la gente féminine. Louisa n’était pourtant pas le genre de nénette qui se laissait faire. Mais ce genre de mec, c’était un peu sa kryptonite. A chaque fois, elle fonçait bien droit, se jetait corps et âme dans chaque nouvelle relation… et finissait souvent par se prendre un mur.

Alors, comme à chaque fois, la fratrie débarquait. Ils avaient l’habitude, et à force, ça devenait presque un rituel. Jeannette avait ramené la Häagen-Dazs Cookie Dough Chip et le DvD de Love Actually, Trevor avait proposé d’aller péter la gueule du mec qui avait fait pleurer sa petite sœur, Elvis avait traversé Seattle pour aller chercher ses hamburgers préférés et même Robbie avait laissé tomber ses plans avec ses potes pour venir s’entasser avec ses frères et sœurs dans le petit appart de l’éplorée.

Ça lui avait permis de mettre la trahison à distance pendant une soirée, mais lorsqu’elle s’était retrouvée seule de nouveau, la douleur était revenue, et avec elle, les pleurs.
Oh, elle s’en remettrait. Elle s’en remettait toujours. Chaque rupture faisait mal, mais Louisa ne restait jamais très longtemps seule. Elle papillonnait souvent d’une relation à une autre, parfois en même temps. La Kenyane aimait s’amuser, aimait plaire et ne se prenait pas la tête. Ça plaisait aux gens. Mais souvent, ils oubliaient que derrière le sourire et le rire, derrière son insouciance, Lou’ avait une sensibilité. Alors ils la blessaient.

La petite brune s’empara d’une cuillère et la plongea dans un pot de Nutella. La cuillère dans la bouche, elle laissa tomber la couette par terre et entra dans la salle de bain. Le miroir lui refléta un visage bouffi et boudeur, et elle lui présenta son majeur, haut et droit. Pas qu’elle en ait envie, mais il fallait bien qu’elle aille ouvrir la boutique. Et pour ça, il allait falloir faire disparaître cet air piteux de sa face. Une douche, quelques soins et un peu de maquillage plus tard, Louisa sortait de la salle de bain, aussi pimpante que d’habitude… à l’exception peut-être de sa moue dépitée. Un large débardeur blanc estampillé Nike, un legging imprimé à motif floral et des baskets montantes. Devant la glace, son café à la main, elle s’entraîne à sourire, à avoir aussi joyeuse que d’habitude.

Et puis merde. Qu’il aille se faire foutre. Avec toutes les affaires qu’il avait laissées chez lui, elle aurait de quoi se faire un feu de joie ou un atelier découpage en rentrant ce soir. Et puis, si ça n’allait toujours pas, elle irait voir ses parents le lendemain. Louisa s’empara de son skate et dévala ses deux étages en se roulant une clope, ses boucles tressautant dans tous les sens.
Elle dérapa devant le shop à 14h55, saluant les deux clients qui l’attendaient déjà devant la porte encore close et leur fit signe d’entrer à sa suite. Son premier geste fut de mettre un skeud sur la platine : Max Romeo, histoire de bien commencer la journée.

Heureusement, les clients se succédaient et lui permettaient de garder son esprit occupé. Jonglant entre des fans de hip-hop ou de rockabilly, Lou conseillait tous ceux qui en avaient besoin, et en profitait pour leur faire acheter plus de vinyles que ce qu’ils étaient venus chercher. La nuit était déjà tombée lorsqu’une nouvelle entra dans le shop encore plein. Les oiseaux de nuit venaient chercher leur came, et étaient tous des clients plus ou moins réguliers. Sur la platine, The Skints déroulaient leur son et la jeune femme ne pouvait pas s’empêcher de bouger en rythme.

Un visage inconnu, c’était rare. Lou l’observa du coin de l’œil pendant une minute ou deux avant de laisser libre cours à sa curiosité. Prenant quelques disques dans les mains pour aller refournir les rayonnages – histoire surtout de ne pas donner l’impression d’espionner, la brunette s’approcha de la cliente, un sourire avenant sur les lèvres. Et, en rangeant les vinyles, elle entame la conversation :


- Les Rolling Stones, ça trouve toujours son public.

Ayant capté l’attention de la jolie brune, l’Africaine lui tends la main et se présente avec toute la sociabilité que son métier recquiert :

- Bienvenue chez Lee. Je suis Louisa, je gère le shop. Si je peux t’aider, surtout, hésite pas.
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MessageSujet: Re: Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']   Ven 28 Oct - 8:35

La musique en arrière-fond ne me parle pas. Mais alors que-dalle. Rien. Ce qui n'est pas étonnant en soi. Je passe ma vie à du trois cent à l'heure, vous croyez franchement que j'ai le temps de trouver le mode d'emploi d'un vieux gramophone pour me la couler douce? Vous croyez franchement que j'ai ENVIE de prendre mon temps? Pourquoi pas la technologie moderne? Ah mais pour cela faudrait-il encore avoir un squat n'est-il point? Vous avez déjà tenté de brancher une sono sous un pont? Non? Vous devriez. Une batterie? Un groupe électrogène? Les yeux du chat potté à l'encontre d'une bonne âme qui pourrait vous prendre pour une SDF? Non mais allô quoi, j'ai vraiment la tête de l'emploi ou quoi? Déjà que l'homme a cette fâcheuse tendance à me siffler dans la rue telle une catin de luxe (excusez du peu), mais si en plus la petite vieille avec son bichon parfaitement tondu vient me balancer une piécette dans ce chapeau qui traîne au sol ... Un chapeau tiens, ça c'est une idée. Ça fait bien longtemps que je n'ai plus eu le plaisir de m'en procurer un. De manière légale ou autre. Une petite lubie à ajouter à ma "to-do list" avant de quitter la ville. C'est toujours bon à prendre. Ça mettra de l'ambiance dans la caisse. Et sur ma tête. Et dans mes oreilles. Plus que cette musique en tout cas.

Au moins cette image fantaisiste à le chiche de coller un sourire amusé sur mon visage. Qui, soi dites en passant, n'a pas pour habitude de bouder. C'est plutôt que je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. Je le veux, je le prends. Que ça plaise ou ne plaise pas. Maigre détail parmi un éventail d'autres. Franchement, si je devais me prendre la tête pour si peu.
Ceci étant, une mission est une mission. La discrétion et la couverture sont de mise. Là en occurrence je suis sensée passer pour une amatrice de vieilleries. Ou juste une clodo à la recherche d'un peu de chaleur. Non, ça ne colle assurément pas avec ma tenue. Ni avec la bécane. Dommage, c'est toujours plus facile d'attirer le poisson dans le filet quand on inspire la pitié. Ou le dégoût. A vous de voir.

Mais en parlant du loup, accessoirement le poisson, du coin de l'œil je la vois qui approche. Pas par pas. Cassier par cassier. Vinyle par vinyle. Pas très discret tout ça par contre. Je devrais peut-être lui filer quelques cours. L'ironie du sort tout ça tout ça. Mais bon, si ça l'amuse. Pourquoi ne pas jouer le jeu? Je hausse mentalement les épaules et attend patiemment (je déteste ce mot, rien qu'à y penser ça me file des démangeaisons) la première approche. Si c'est elle qui vient vers moi, on ne pourra pas dire que j'ai poussé le destin en ma faveur. Une coïncidence bienheureuse. Un peu comme le disque que je tiens toujours entre les mains. Finalement j'ai bien choisi vu que c'est grâce à sa présence que j'arrache le début d'une conversation tant convoitée. Je réprime le sourire véritable que m'inspire un tel hasard. Je le transforme plutôt en ersatz de rictus amusé. Les yeux légèrement plissés. La tête un peu penchée de côté. Un divin jeu d'actrice. Dans une autre vie j'aurais assurément pu postuler pour le job. Ou pas.

Et lorsqu'elle me tend la main, c'est un peu comme si je touchais le jackpot. Ça devrait être interdit de se dérouler aussi bien d'entrée de jeu. J'ai presque l'impression de tricher. De cheater. C'est trop facile. Ça pue l'arnaque. Je m'en fous. Je l'espère même secrètement. J'ai autant envie que besoin de me défouler en peu ce soir. Alors si cette jolie demoiselle s'y prête, grand bien nous fasse!

Je tends ma main droite à la rencontre de la sienne. Nos doigts se frôlent, s'attrapent, s'enlacent. Sa peau plus froide que la mienne. Plus exotique aussi. Même si on pourrait en dire de même de ma part. Je me demande vaguement ce qu'elle ressent à notre premier contact. Mais bon, laissons planer un peu de mystère voulez-vous.

- « Enchantée Louisa, je m'appelle Fay. »

Pourquoi s'encombrer d'une fausse identité quand la sienne est si diablement envoûtante à porter?

- « Je suis nouvelle ici et je cherche à m'amuser. »

Il parait qu'il n'y a que la vérité qui blesse. Je ne vois pourtant pas en quoi il pourrait en ressortir ce soir.

- « Qu'est-ce que tu me conseilles? »

Je dois me faire violence pour ne pas aller droit au but. Pour lui lâcher la main au profit du poignet. Pour la tirer à ma suite dans l'arrière-boutique. Pour lui arracher une confession vachement plus intime. Pour lui apposer mon sceau à la manière la plus anti-conventionnelle.
Oh oui, je fais un gros effort sur moi-même pour ne pas céder à mes pulsions premières. A mes instincts primaires.
J'espère bien que tu te rends compte de l'étendu du sacrifice que je te concède ma JOLIE PETITE POUPÉE NOIRE.
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MessageSujet: Re: Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']   Jeu 24 Nov - 15:20

Elle l’avait observée rentrer dans la boutique, observé son visage, ses réactions à ce qui lui était présenté. Le son, la vue… Sa tenue aussi. Louisa n’était pas Sherlock Holmes, mais quelques années dans la vente l’avait entraînée à sentir pas mal de chose : à reconnaître les types de clients, surtout, afin de pouvoir gérer les plus difficiles et faire gonfler les achats des plus malléables. Elle lui tend sa main à son tour, et Louisa ne peut s’empêcher de sourire. Une poignée de main, c’était tout ce dont elle avait besoin pour savoir l’essentiel sur une personne. Nerveuse, franche, assurée, timide, flemmarde… vampire. Le B A BA des relations humaines. Sa peau est chaude, franchement chaude. Aussi chaude que le front de Tony. Qu’importe. Le geste est assuré, rapide. Un poil trop, peut-être… Le sourire de la Kenyane s’agrandit alors qu’elle récupère sa main.

Diagnostic : N’y connaît absolument rien en reggae, et à priori pas plus en rock. Intérêt pour la musique jugé inexistant. Franc-parler, urgence de vivre. A visiblement les moyens de payer. Probablement gosse de riches, quelques part, venue s’encanailler à Seattle.
Verdict : Cliente venue pour la drogue.

Lou sourit de toutes ses dents.


- Eh bah, bienvenue chez moi, Fay.

Bienvenue dans son antre, dans son domaine. Elle venait de tirer une carte Chance : « Allez voir votre dealeuse. Rendez-vous directement là-bas, ne passez pas par la Case Départ, touchez 2000$ et donnez-les à la dealeuse. » Lou les aimait comme ça. Voulant à tous prix s’amuser. Le perfecto que Fay portait l’empêchait malheureusement d’examiner le creux de ses coudes à la recherche de traces de piqûres. Règle n°54 : avant de vendre de la drogue, essaie de connaître les limites de ton client. Propose toujours moins fort, et augmente progressivement.
Bah. Ces nénettes tournaient en général à la coke. Les injections, c’était plus underground, selon son expérience.

Quelques clients écoutaient encore du son. Que des réguliers venus écouter du son, et Joel qui venait chercher son pochon de cana, comme chaque mois. Avec un clin d’œil, la jeune femme lui signifia qu’elle arrivait, et revint planter ses yeux chocolat dans ceux de Fay :


- T’es au bon endroit. Continue de fouiller, je suis à toi dans 2minutes.

Louisa et ses bouclettes s’éloignèrent en un clin d’œil. Et déjà, elle était près de la platine, un vinyle entre les doigts. Ils apparaissaient comme par magie entre ses mains, semblait-il, et toujours au bon moment. Pas un moment de silence dans le shop, et elle avait toujours le son qu’elle voulait écouter au moment où elle voulait l’écouter. Elle fit glisser le bras mécanique et le posa sur le sillon, laissant une musique plus groovy se faire entendre. Puis, elle disparut dans l’arrière-boutique durant une trentaine de seconde. Elle en ressortit avec un sachet en plastique estampillé au nom du magasin, contenant quelques skeuds. S’approchant de Joel, elle lui serra la main jovialement en lui tendant le sac :

-Ta commande, man, fraîchement pressée et en avant-première, mais bien parce que c’est toi. Revient dans une petite semaine, j’ai un arrivage du Japon, du son que t’entendra nulle part ailleurs qu’ici.

Le dreadeux lui fila quelques billets. La transaction, bien qu’en pleine lumière, s’était faite sans accroc et avec une discrétion à toute épreuve. L’habitude. Il était loin le temps où elle emmenait ses clients dans l’arrière-boutique, regardant avec méfiance autour d’elle et se faisait griller direct. Le shop se vidait. Elle discuta quelques instants avec une nana à la recherche d’un album en particulier et elles se séparèrent sur la promesse d’une commande rapide.
La brunette revint vers Fay, passant la main dans ses cheveux.


-Excuse. Boulot, tout ça. Je suis toute à toi. T’amuser, tu disais ?

La clochette retentit avec un « A plus, Lou » pimpant, sonnant le départ du dernier client. Le shop était vide. Elle lui fit signe de la suivre jusqu’au comptoir, ou, tranquillement, elle sortit son matos et se mit à rouler un joint. Tirant deux ou trois lattes, elle le fit passer à la jolie brune. Rien de tel que la ganja pour préparer une transaction.

-T’as une idée de ce que tu cherches ?
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MessageSujet: Re: Papa was a Rolling Stone. [PV Lou']   Aujourd'hui à 4:00

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